Tribune Libre aux Escales de Binic #4

Je serai très heureuse de retrouver Michèle Lesbre à l’occasion de la Tribune Libre consacrée à la Culture que j’aurai le plaisir et l’honneur d’animer le samedi 31 mars en fin d’après-midi à Binic.

J’ai rencontré pour la première fois Michèle Lesbre, voici une dizaine d’années, lors d’une fête du livre à Bécherel (Cité du Livre d’Ille et Vilaine), où j’avais alors eu l’honneur de la recevoir en dédicace. J’ai bien sûr depuis, toujours lu, voire relu ses livres. J’avais découvert son écriture avec “Le canapé rouge”, qui m’avait subjuguée.  J’avais été attirée par ce voyage à Irkoutsk, ville qui m’avait fascinée lorsque, enfant, j’avais lu “Michel Strogoff”. Rien de commun entre ces deux romans si ce n’est l’immensité de la Russie, ses paysages sans limites, le rythme du transsibérien, ce train mythique qui traverse ce pays grandiose. Comme je pouvais le comprendre ce coup de tête de Gyl, qui avait souhaité vivre au bord du Lac Baïkal, et comprendre aussi l’envie irrépressible d’ Anne, de le rejoindre en faisant le même  voyage, pour mieux retrouver son amant enfui.

Alors moi aussi j’ai embarqué sur les traces de Michèle Lesbre, la retrouvant dans ses premiers romans  – “Le canapé rouge” est le 10 ème livre qu’elle a écrit – , la guettant dans ceux qui paraîtraient ensuite, toujours chez Sabine Wespieser, éditrice de grand talent, dont j’aime les livres simples et beaux dans leur facture.

Comment dire l’émotion qui me prend à ouvrir ces pépites que sont à chaque fois les textes de Michèle Lesbre, retrouver sa musique si intime et si tendrement nostalgique, sa féminité indépendante, cette fascination pour la solitude, la différence, le décalage. Comment trouver, moi,  les mots pour dire mon immense plaisir à lire ces histoires presque chuchotées, délicates et fortes à la fois, goûtant la lumière qui imprègne les paysages qu’elle évoque, cheminant tantôt dans les villes, tantôt le long d’un canal ou sur une plage, ressentant la pluie ou la chaleur du soleil.

Et puis aussi, se laisser charmer par les  personnages que rencontre la narratrice, s’étonner des situations qui la conduisent à se décaler de l’itinéraire qu’elle avait choisi, admirer la disponibilité dont elle fait montre en acceptant l’imprévu où elle s’immerge, laissant son esprit vagabonder et prendre de la distance par rapport à ses préoccupations. Souventefois cette femme qui raconte se trouve à un moment de questionnement dans sa vie, et l’homme qu’elle aime s’est éloigné ou s’éloignera, leur histoire changera, et tous les sentiments, les souvenirs, les impressions qui s’invitent alors, font du lecteur un complice éperdu.

Certains de ces romans m’accompagnent longtemps après que je les ai refermés, d’ailleurs ils ne se referment pas, ils résonnent toujours, sorte de filigrane mental qui m’accompagne et m’aide à méditer cette urgence de vivre qui est aussi la mienne.

Je suis très heureuse, vraiment, de retrouver Michèle Lesbre, l’invitée d’honneur des Escales de Binic 2018. Elle est une Grande Dame et un très grand écrivain.

Advertisements

Tribune Libre aux Escales de Binic #3

 

Je serai très heureuse de rencontrer Yahia Belaskri à l’occasion de la Tribune Libre consacrée à la Culture que j’aurai le plaisir et l’honneur d’animer le samedi 31 mars en fin d’après-midi à Binic.

Belle découverte que l’univers de Yahia Belaskri. Il est né à Oran en 1952 et s’est installé en France après les émeutes d’octobre 1988. Plusieurs fois primé, en particulier au Salon Etonnants Voyageurs de Saint-Malo en 2011, pour “Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut” aux éditions Vents d’ailleurs, l’auteur nous offre une vision de l’Algérie différente, sensible, à la fois historique et intimiste, par le biais de sagas familiales.

Dans “Une longue nuit d’absence” j’ai aimé suivre Paquito devenu Paco, pris dans le feu de la résistance à Franco dans son Espagne natale, en Andalousie. Il devance l’appel en 1936, falsifiant son âge pour devenir Républicain, avide de combattre pour la liberté et se retrouve à la caserne de Nerja, bien décidé à aider la République naissante. Faisant montre d’intelligence et d’un talent certain de meneur d’hommes, il sera bientôt formé en tant qu’espion pour servir au mieux la résistance espagnole. Nous le retrouverons ensuite en 1939, obligé de quitter son pays du fait de la défaite devant Franco, pour émigrer en Algérie, où il débarque à Oran et demande l’asile politique à l’administration française. L’Algérie est française à cette époque, et l’on découvre ainsi les camps où sont retenus les réfugiés espagnols. S’en suivront au fil de ce roman qui nous fait traverser deux guerres et des massacres terrifiants pendant ces événements auxquels on refusera longtemps le nom de guerre, toutes les épreuves que Paco devra traverser avant de s’installer dans un relatif confort dont il sera chassé pour un retour ayant tout perdu, vers son pays natal, terrible pied de nez de l’Histoire.

Dans “Les fils du jour”,nous vivons un retour en arrière par rapport à l’histoire tumultueuse de Paco ; ce sont les débuts de la colonisation de l’Algérie par la France, ce sont tous les épisodes de l’évolution de l’Ouest de l’Algérie au cours du XIXème siècle, où s’ébauchent déjà les prémices des événements qui surviendront au XXème siècle.

Pourtant au début du roman c’est une situation oecuménique qui prévaut dans cette région algérienne où les tribus cohabitent de même que les religions. Pourtant d’ores et déjà les rapports de force s’instaurent entre l’occupant français et les différentes populations dont certaines, à l’instar de la tribu des Fils du jour refusent toute collaboration avec ceux qu’ils appellent les envahisseurs. Au fil du temps les Français imposent leur administration, leur loi, leur répression contre toute résistance. Nous suivons ainsi cette conquête française avec le point de vue de El Hadj, celui qui a porté le “burnous blanc”, faisant de lui l’élu de sa tribu. Le lecteur est pris dans la Grande Histoire, témoin des luttes de l’Emir Abd el-Kader, que le héros suivra jusqu’en Arabie, à La Mecque. Et nous découvrons la vie de ces natifs devenant migrants du fait de la colonisation et qui fuient  l’Algérie jusqu’en Arabie, puis reviennent s’installer au Maroc dont les frontières sont encore en devenir, et s’installent enfin àTlemcen au Sud d’Oran, devenant ainsi des indigènes dans leur propre pays puisqu’ils n’ont pas la nationalité française.

Grâce à ces deux très beaux romans de Yahia Belaskri, j’ai ainsi pu mieux découvrir l’histoire de l’Algérie, des idées de tolérance qui pouvaient régner au sein de la religion du Livre, en dépit d’un contexte devenant de plus en plus violent au fil du temps. Dans le contexte actuel ces textes sont prégnants. Une écriture foisonnante, empreinte de couleurs et de lumière.

 

 

 

La Poésie avec Ardeur,toujours …

AFFICHE-L-ARDEUR-PDP-LOGO-final(1).jpg

Oui de l’Ardeur, encore et encore, et la poésie toujours. Une magnifique affiche cette année grâce à Ernest Pignon-Ernest (http://pignon-ernest.com).

Voici donc les poètes qui seront présents au Salon LIR’A DOL le  26 mai 2018 à Dol-de-Bretagne :

Mahmoud Chokrollahi, publié aux Editions Le Soupirail,

Mérédith Le Dez, dont les poèmes sont publiés chez Folle Avoine, Mazette et La Lune Bleue,

Sophie Tessier chez ABER.

D’ici le salon vous pourrez retrouver soit sur la page Facebook de la Médiathèque de Dol-de-Bretagne, soit sur ce blog, des extraits de poèmes de ces auteurs.

Tribune libre aux Escales de Binic #2

Wilfried N’Sondé sera présent aux Escales de Binic, 9ème édition, les 31 mars et 1 avril 2018.

Je serai très heureuse de rencontrer Wilfried N’Sondé à l’occasion de la Tribune Libre consacrée à la Culture que j’aurai le plaisir et l’honneur d’animer le samedi 31 mars en fin d’après-midi à Binic.

J’ai pu ainsi faire la connaissance de cet auteur en lisant les ouvrages que je présente ici, et en particulier le dernier paru : “Un océan, deux mers, trois continents”. Il diffère particulièrement des deux précédents que j’ai découverts. En effet, il s’agit cette fois d’un roman historique, même si dans “Berlinoise” la Grande Histoire était déjà présente mais plus récente, car il s’agissait alors de la chute du Mur de Berlin.

Cette fois, le roman raconte l’histoire étonnante et tellement révélatrice de son époque de Nsaku Ne Vunda, né en 1583 sur les rives du fleuve Kongo. Cet orphelin a été élevé par les missionnaires qui évangélisaient son pays et est devenu prêtre, un simple prêtre baptisé Dom Antonio Manuel. Déjà dans les deux noms de ce jeune homme hors du commun, on découvre tout le paradoxe de sa vie.

Au début du XVIIème siècle, le commerce triangulaire se développe activement, avec d’ailleurs la complicité des dirigeants des pays d’Afrique qui, à l’instar du Kongo, voient ainsi leur richesse et leur pouvoir croître. Et nous découvrons alors dans la première partie du livre combien la hiérarchisation de la société des Bakongos favorise la réification de toute une classe sociale. Déjà dans des temps très anciens nous raconte Nsaku Ne Vunda, un roi redoutable conduisit son neveu à se révolter et sa mort contraignit ses neuf veuves à fuir, traversant de lourdes et cruelles épreuves pour arriver grâce à leur courage sur les rives d’un fleuve qu’elles nommèrent Kongo, “le lieu où il ne faut pas se rendre”. Ce mythe des neuf mères fondatrices soutiendra notre héros tout au long du voyage interminable qui lui sera imposé, au même titre que sa foi, très forte, pourtant bien mise à mal par ce qu’il va découvrir des comportements humains.

Ainsi Dom Manuel sera mandaté par  son souverain pour devenir Ambassadeur du Kongo auprès du Pape et devra plaider pour la rédemption de son Roi, grand fournisseur d’esclaves devant l’Eternel ! Wilfried N’Sondé rythme son récit de passage plus historiques qui précisent le contexte de ce voyage de tous les dangers que Dom Manuel commence en l’an de grâce 1605 en embarquant sur le “Vent Paraclet”, vaisseau de la flotte royale française, sur ordre direct d’Henri IV. Il découvrira que ce navire transporte des esclaves, ses compatriotes, obligeamment fournis par son Roi et nous vivrons à notre tour, à ses côtés, les affres d’un tel voyage, dépassant les limites de l’ignominie.

Tout ce roman fait vivre cette époque terrible où la vie humaine ne vaut rien, bien moins que celle d’un animal, où la religion catholique se dévoie dans une Inquisition abominable qui sévit en particulier en Espagne, et grâce à l’écriture somptueuse et sincère de l’auteur, nous apprenons la vérité de l’Histoire, dans toute sa cruauté. Dom Manuel  porte tous nos espoirs de compassion, de tolérance, d’humanité, sans cesse contrecarrés, et la sensibilité de l’auteur fait de cet épisode de l’Histoire de l’Afrique et de la Chrétienté, un moment de lecture fascinant où nous oscillons entre  la honte de découvrir cet horrible commerce de vies humaines et le parallèle que nous sommes contraints de faire avec notre époque actuelle où les exactions à l’encontre de populations entières sont toujours plus insoutenables.

Tribune libre aux Escales de Binic #1

Alice Zéniter, Prix Goncourt des Lycéens 2017, sera présente aux Escales de Binic, 9ème édition les 31 mars et 1 avril 2018.

J’ai la chance et l’honneur d’animer la tribune libre prévue le samedi 31 mars en fin d’après-midi à laquelle Alice Zeniter est invitée. Le thème de cette rencontre avec trois autres auteurs : ” De quelle culture avons-nous besoin ?”.

Trois romans pour tenter de pénétrer l’univers de l’auteur,  polymorphe,  préoccupé de la dimension culturelle garante d’une indépendance d’esprit.

Dans l’Art de perdre c’est de la guerre d’Algérie, qui d’ailleurs ne s’appelait pas “guerre”, qu’il s’agit, du côté des Harkis, ces supplétifs algériens au sein de l’armée française. Perdant en Algérie, perdant en France, perdant au fil des générations, que ce soit Ali le grand-père kabyle qui choisit l’exil au moment de l’Indépendance, abandonnant tous ses biens ou  Hamid, son fils aîné, parachuté avec sa famille dans les camps de transits, puis découvrant les HLM dans l’Orne, ces barres d’immeubles installées en hâte à la périphérie des villes. Tous deux verront la distance entre eux s’élargir d’année en année, au fur et à mesure que la culture du père cédera devant la francisation du fils, seul moyen de survie dans ce nouveau pays où il peine à se construire une identité propre.

Naïma, la fille d’Hamid, confrontée pour des raisons professionnelles au passé de sa famille dont elle ne s’est guère préoccupée jusqu’alors, s’immerge dans des recherches intenses pour répondre peut-être à tous ces pourquois? ; pourquoi la langue kabyle est perdue pour elle et ses soeurs, pourquoi son grand-père est devenu un Harki, pourquoi son père a toujours vécu ses rapports avec sa famille paternelle comme un traumatisme, pourquoi cette guerre continue-t-elle à créer un tel malaise, pourquoi les positions se cristallisent-elles autant, …

Au fil de ce roman foisonnant, fort, prenant, qui entraîne le lecteur dans un questionnement permanent, tout un pan de l’Histoire de la décolonisation se révèle, personnifiée par les membres de cette famille séparée par la Méditerranée, illustrant les quêtes identitaires, les montées extrémistes de tous bords, les impératifs sociaux, le besoin tenace de liberté et d’auto-détermination.

Une belle introduction que cet “Art de perdre” à cette question de la culture au sein des cultures.

Atelier d’écriture 3

Grâce à l’excellent livre de Odette et Michel Neumayer (Animer un atelier d’écriture – ESF éditeur), je poursuis l’animation de l’atelier d’écriture qui a été initié au Lycée Les Vergers à Dol de Bretagne, où j’ai le plaisir d’intervenir depuis trois années scolaires maintenant.

Nous allons aujourd’hui continuer notre exploration de l’univers d’Albert Camus. Après avoir écouté des extraits des trois livres ci-dessus, découvert des éléments de sa biographie, regardé des photographies d’Alger et des différents quartiers et monuments dont il parle dans ses écrits, nous avons commencé l’écriture de textes inspirés par ces lieux.

Parallèlement bien sûr nous nous familiarisons avec la page blanche à l’aide de jeux littéraires où chacun semble prendre  plaisir à s’amuser avec les mots, les expressions des uns et des autres.

Enfin, nous nous sommes attelés à un la rédaction d’un “Dictionnaire insolite du Lycée Les Vergers”, inspiré par la très belle collection des éditions Cosmopole. Ce dictionnaire sera bien sûr évolutif au fil des inscriptions à l ‘atelier.

De grands moments d’échange, de convivialité car nous en profitons pour boire café, thé ou jus de fruit, et surtout savourer les gâteaux que nous préparent les élèves d’une des classes du lycée. Quoi de plus bénéfique à la littérature que ces moments de plaisir partagé.

Portrait d’auteur

Pages de Bretagne n°44

J’ai eu le grand privilège d’écrire le portrait de Mérédith Le Dez pour la revue publiée par Livre et Lecture en Bretagne, Pages de Bretagne.

Un grand Merci à Mérédith Le Dez de m’avoir fait confiance et à Livre et Lecture en Bretagne de m’avoir proposé d’écrire ce portrait. Ce fut pour moi un moment intense de lecture, de relecture et d’écriture. 

***

Mérédith Le Dez, la passion du verbe

Après les recueils de poésie, Mérédith Le Dez revient au roman. Le Cœur mendiant arrive en ce début d’année, un texte riche et subtil, empreint de la beauté de la  langue qui est l’obsession de l’auteur.

Dès qu’elle a su lire, elle a voulu écrire. Plusieurs carrières la tentaient, en particulier celle de journaliste, mais c’est vers l’enseignement que toute jeune elle s’est dirigée : les Lettres modernes. Et puis, l’envie de changer, tout en restant dans le domaine des Lettres, alors elle devient éditrice et crée sa propre maison. Un souci constant de servir la langue française, de laisser à ses auteurs un espace de création à leur mesure, leur offrant un accompagnement jamais démenti, tout en soignant l’objet livre auquel elle apporte un soin et une esthétique absolus. L’aventure de l’édition s’arrête en 2012 et Mérédith Le Dez choisit de se consacrer pleinement à l’écriture ; les prix Yvan-Goll (2015) et Vénus-Khoury-Ghata (2017) couronnent deux de ses recueils de poésie, la confortant dans sa nouvelle vie d’écrivain.

Sans doute les histoires que son père lui inventait dans l’enfance ont-elles instillé en elle le profond désir d’écrire, d’inventer, d’imaginer. De ses origines polonaises et bretonnes, elle a conçu la curiosité de ces langues qu’elle ne pratique pas mais qui ont profondément marqué son imaginaire. Son premier roman, Polska, s’en nourrit intensément et du matériau autobiographique, elle a su tisser une véritable quête d’identité, s’imprégner de la Pologne pour raconter le mystère de la perte de la langue au profit du français. Elle reviendra d’ailleurs sur cette quête des origines dans son deuxième roman, Baltique, où là encore, elle fait la part belle à l’imagination du lecteur, l’amenant à s’impliquer intensément dans l’interprétation de l’histoire. Son rapport à l’écriture use de plusieurs registres qu’elle conjugue avec bonheur, adaptant la langue à ses personnages selon leur condition, les rendant ainsi extrêmement présents, ménageant des ruptures de rythme qui offrent une part de mystère. Mérédith Le Dez aime à observer les personnes et les lieux, imaginer, s’amuser à créer des situations et des histoires naissant du réel, mais sublimées par l’imagination de l’écrivain. L’écriture est aussi un jeu et si elle développe un rapport quasi charnel à la langue, la sculptant, la ciselant, l’épurant, elle se réjouit d’en explorer tous les arcanes.

«  La poésie est le lieu par excellence du verbe porté à incandescence ».

Ces mots que Mérédith Le Dez écrit dans son éditorial de la revue numérique de poésie « i rouge », qu’elle a fondée avec Paul Dirmeikis, on peut les appliquer à sa propre écriture poétique. Des Eaux noires, son premier recueil à Journal d’une Guerre, publiés aux éditions Folle Avoine, puis dans Cavalier seul ou Paupières closes parus aux éditions Mazette, elle fait montre d’un univers où la musique des vers et des phrases emporte le lecteur au gré d’un imaginaire chatoyant, foisonnant, sublimant une approche sensible et prégnante de notre époque en rupture permanente. La poésie, comme une recherche intense de la véracité des temps présents, de leur devenir, un éclairage de la vie comme une chance, un défi à « la peur sauvage du monde ».  Les thèmes qu’elle aborde dans ses recueils sont la marque d’une femme engagée, en résistance contre toute forme de barbarie, usant de la force comme de la douceur pour dire, traduire ce monde qui explose tous les codes et dénoncer sa part de violence.

Mérédith Le Dez souhaite maintenant se recentrer sur l’écriture de romans et délaisser pour un temps la poésie. Elle a choisi, en effet, de ne pas s’enfermer dans un genre littéraire et Le Cœur mendiant, à paraître en février prochain aux éditions La Part Commune, marque son retour à la fiction. Une toute jeune fille découvre un inconnu installé sur le banc où elle a l’habitude de lire. La conversation s’engage. L’homme est traducteur, la jeune fille passionnée de littérature, et le nœud de l’histoire vient de se resserrer. Une correspondance secrète, un journal intime consignant les faits, l’enterrement d’un des personnages faisant resurgir un pan entier de la vie de celle qui est devenue une enseignante, éprise de la musique de Satie, d’une sensibilité exacerbée à l’état violent du monde, se remémorant au fil de sa lecture cet homme qu’elle a aimé, tellement.

Le roman se construit comme un puzzle, télescopant les époques, mélangeant les voix qui  parlent de cet amour immense qui a conditionné leurs vies, des trahisons aussi ; les paysages se font personnages et la poésie s’infiltre délicatement dans l’écriture, où les caractères se construisent en d’infinis détails au fil de la lecture.