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Comme toujours on le pressent ! Dès le début de l’histoire on le sait pourtant, il est là le criminel, et ce crime ci est particulièrement odieux, tant soit-il qu’il y ait une gradation dans le crime !

Mais voilà, le talent d’Ake Edwardson nous embarque une fois encore. Le commissaire Winter est de retour en Suède, après deux années sur la Costa del Sol, en compagnie de sa femme et de ses deux filles. Longue convalescence. Mais un étrange sentiment mêlé de devoir, d’inquiétude, de besoin, le fait revenir à Göteborg. Il retrouve, et nous aussi, ses collègues que nous connaissons bien maintenant et cette ville qui vibre de tous ses quartiers.

Une maison isolée dans une impasse, tout près d’une plage, une famille assassinée, un bébé survivant, une petite chienne, des acouphènes, et la mère du commissaire dont la santé décline inexorablement là-bas, en Espagne.

Une fois encore l’auteur nous offre un moment de lecture passionnant et le froid de cette fin d’hiver en Suède nous rend plus aiguë encore le plaisir de l’enquête.

Une nounou d’enfer !

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Je découvre Leïla Slimani grâce à cette “chanson douce” qui vient de paraître et semble déjà en bonne place pour être primée, ce qui serait bien mérité.

Rien de plus banal a priori que la situation décrite, à savoir engager une nounou pour garder les enfants à domicile, afin que la maman puisse reprendre son travail. Les deux jeunes parents évoluent dans un milieu aisé, voire branché, lui est ingénieur du son, elle est avocate. La vie de mère de famille se révélant plus difficile que ce qu’elle imaginait, fatigue due aux taches répétitives qu’imposent les jeunes enfants, manque de temps pour sortir du quotidien, besoin de vie sociale et professionnelle, toutes ces raisons s’imposent à Myriam, qui convainc son mari, Paul, d’engager une nounou pour s’occuper chez eux des enfants .

Tout va peu à peu basculer après qu’ils auront choisi Louise . Celle-ci se révèle être une perle, peut-être trop parfaite pourtant et l’adoration que les enfants lui portent trouble Myriam, qui en conçoit une sorte de jalousie, tout en se disant que cela est pour le mieux, à la fois pour elle et pour Mila et Adam.

Nous suivons la reprise du travail de Myriam dont un ami avocat lui a proposé d’intégrer son cabinet. Elle retrouve avec appréhension et plaisir mêlés la charge de son métier et désireuse de se faire une place au sein de l’équipe, consacre de plus en plus de temps à son travail, rentrant tard et par le fait confiant à Louise de plus en plus de responsabilités vis à vis des enfants. Paul, quant à lui, après un temps d’observation, considère que cette situation lui rend la vie plus facile, permettant de viser un véritable développement de carrière. Si Myriam ressent une culpabilité larvée devant l’importance que prend la nounou, Paul lui y voit une facilité qu’il ne remet en cause que tardivement.

Effectivement, Louise occupe une place de plus en plus importante au sein de la famille, et son perfectionnisme légèrement dérangeant, la dépendance qu’elle instille à ses employeurs, sa personnalité assez mystérieuse créent un trouble qui gagne non seulement Myriam mais encore le lecteur, qui ressent vivement au fil des pages la déréliction des relations du couple avec la nounou.

En dépit d’un premier paragraphe terriblement étonnant, le suspense s’installe aussitôt, et nous sommes les témoins des rapports de classe dans cette histoire, du jeu de domination, des idées reçues qui la cancérisent jusqu’à l’extrême.

Leïla Slimani nous offre un roman à l’écriture forte et ciselée, nous amenant à réfléchir sur sur les notions d’éducation, de travail et de famille à notre époque.